Comme tous les Français vivant à l’étranger et inscrits sur les listes électorales pour voter en Italie, vous avez reçu une invitation de Philippe Karsenty, candidat au poste de député pour la 8ème circonscription, vous proposant de le rencontrer. French in Roma l’a pris au mot et est allé lui rendre visite pour en savoir un peu plus sur ce nouveau rôle de député des Français de l’Étranger. Si l’occasion se propose, nous irons évidemment rencontrer les autres candidats.
> Bonjour M. Karsenty, tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Philippe Karsenty, je suis actuellement maire-adjoint de la ville de Neuilly-sur-Seine en charge des nouvelles technologies, et fondateur de Media-Ratings, la première agence de notation des médias. Je suis aussi candidat pour l’élection des députés des Français de l’étranger pour la 8ème circonscription – Europe du Sud.
> Candidat indépendant, cela veut donc dire que vous n’appartenez à aucun parti politique ?
Exactement. Politiquement, je me situe au centre-droit, mais je ne suis affilié à aucun parti. Par contre j’ai le soutien du Parti Libéral, du Parti Chrétien Démocrate, et de la représentante de l’UMP à Rome (Dominique Sicouri, qui a préféré quitter la campagne de la candidate UMP pour soutenir M. Karsenty). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, et même si je ne bénéficie pas des moyens de mes confrères (je finance moi-même ma campagne), je pense que c’est un atout pour moi d’être indépendant, puisque cela me permet de dire ce que je pense sans craindre des représailles de mes mentors et d’exprimer des idées en cohérence avec la réalité du terrain et pas seulement avec les idées rigides d’un parti.
> Justement, comment rester proche des Français de l’étranger en résidant à Paris, siège de l’Assemblée Nationale ?
Pour ma part, j’ai des représentants locaux dans chaque pays pour garder le contact avec le terrain et je fais des visites fréquentes dans les pays de la circonscription que je souhaite défendre. Je suis le seul candidat à s’être déjà rendu dans tous les pays de la circonscription. J’aime voyager et partir à la rencontre des gens et de nouvelles cultures, ce qui est aussi une des motivations de ma candidature.
> La 8ème circonscription des Français à l’étranger comprend l’Italie, la Grèce, Israël, Chypre, Malte, la Turquie, San Marin et le Vatican. Pourquoi cette répartition, qui semble regrouper des pays aux réalités culturelles, politiques, économiques et religieuses différentes ?
La répartition géographique des circonscriptions pour les députés des Français de l’étranger a été faite par le Quai d’Orsay, et même si au premier abord on peut se demander pourquoi l’Italie n’est pas avec l’Espagne et le Portugal, on note que la circonscription « Europe du Sud » regroupe les villes berceau de la civilisation européenne : Rome, Athènes, Constantinople et Jérusalem.
> Quel est le rôle des députés des Français de l’étranger ? Quel sera concrètement leur pouvoir (vu que c’est un rôle encore inédit) et en quoi peuvent-ils améliorer/faciliter la vie des Français de l’étranger ?
Le rôle d’un député est de représenter la Nation et de défendre ses intérêts. C’est un porte-parole qui a également un rôle représentatif vis-à-vis des autorités de sa circonscription. Les Français de l’étranger ont été jusqu’à présent oubliés par la métropole, il est maintenant temps de leur donner la parole. C’est vrai que nous serons juste 11 députés mandatés pour représenter les Français de l’étranger – sur 577 au total – mais en nous alliant, non seulement ensemble, mais aussi avec les 17 représentants des Français d’Outre-Mer, nous pourrons faire entendre la voix des Français qui ne vivent pas en métropole.
> Pour pouvoir s’allier, il faut des chevaux de bataille communs. Les besoins et inquiétudes des Français vivant à l’étranger sont-elles les mêmes suivant leur pays d’accueil ?
Certaines problématiques des Français sont différentes selon le pays dans lequel ils vivent. Un Français vivant dans un pays en guerre ou sujet à des catastrophes naturelles aura des attentes en matière de sécurité et de rapatriement que n’aura pas un Français vivant dans un pays plus stable et paisible. Cependant, certains sujets sont valables quel que soit le pays d’accueil, à savoir : la protection sociale, les retraites, la défense de la langue française, l’éducation. Par exemple, beaucoup de Français vivant à l’étranger ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école française à cause des coûts de scolarité trop élevés. Un pas a déjà été fait en installant la gratuité de l’école pour les enfants d’expatriés à partir du lycée, mais je pense que c’est plutôt dans les petites classes, où s’apprennent les bases éducatives et scolaires, que doit d’abord s’appliquer la gratuité. De plus, c’est lorsque les enfants sont jeunes que les couples ont le plus besoin d’être aidés financièrement. Espérons qu’avec le gouvernement de gauche actuellement au pouvoir, certaines mesures sociales de ce type auront plus de chance de passer.
> En parlant du nouveau gouvernement, que vous inspire l’élection de François Hollande comme Président de la République?
Hollande est un homme intelligent et, malgré l’image de faible dont on l’a affublé, je pense et j’espère, qu’il prendra les mesures nécessaires pour redresser le pays et l’aider à sortir de la crise actuelle.
> En temps qu’ancien financier, que pensez-vous de cette crise économique qui sévit depuis quelques années et dont on peine à voir le bout ?
Le système de l’euro a étouffé le système européen en étant trop rigide. L’euro, c’est le deutschemark appliqué à tous les pays, c’est pour cela qu’il y a des problèmes car on ne tient pas compte des spécificités des pays qui composent la zone euro. Le pire c’est que les instaurateurs de la monnaie unique préfèrent continuer à foncer dans le mur avec une politique d’austérité excessive, plutôt que de reconnaître qu’ils se sont trompés et corriger les défauts du système en instaurant plus de flexibilité. De plus, on cherche à augmenter les impôts pour diminuer la dette publique, alors qu’à mon sens, cela ralentit la croissance en réduisant le pouvoir d’achat. Il faudrait plutôt chercher à réduire les dépenses publiques. A Neuilly, ville où je suis adjoint au maire, nous avons réduit significativement les dépenses publiques.
> Dernière question. Comment êtes-vous venu à la politique ?
J’ai rencontré en 2002 Nicolas Sarkozy, alors qu’il allait devenir ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac. Lors de notre échange, il m’a dit : « Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, présentez-vous à ma place ! » je l’ai fait et j’ai perdu. Ce premier pas dans le monde politique m’a donné envie de m’y investir encore plus et, en 2008, j’ai été élu et je suis devenu maire-adjoint de Neuilly.
Merci à Philippe Karsenty pour cette interview. (son site web)
La liste complète des candidats se présentant aux élections Législatives pour la 8ème circonscription est disponible sur le lien suivant : cliquez-ici. Le premier tour des législatives commence le 23 mai 2012. Pour les dates et modalités de vote, rendez-vous sur le site du Ministère des Affaires Etrangères.



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